Face à l’omnimédia : former à la lecture et à l’analyse

Synthèse de l’intervention d’Olivier Le Deuff, professeur-documentaliste et doctorant en sciences de l’information-communication : « La convergence médiatique : la culture de l’information sur la piste de la translittératie« .

Lexique

convergence médiatique : concentration de toutes les données sur des espaces numériques. Le terme est apparu avec le spécialiste américain des médias Henry Jenkins.

omnimedia : concentration en un tout indistinct de tous les médias sur un seul support.

translittératie : habileté à lire, écrire et interagir par le biais d’une variété de plateformes, d’outils et de moyens de communication, de l’iconographie, de l’oralité, en passant par l’écriture manuscrite, l’édition, la télévision, la radio, le cinéma, jusqu’aux réseaux sociaux.

littératie : aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses connaissances et ses capacités.

Olivier Le Deuff fait une critique des dispositifs présentés comme culture informationnelle et informatique dans les établissements scolaires (Brevet informatique et internet, Learning Center, …) et dresse des pistes de réflexion pour la mise en place d’un vrai cursus en culture de l’information. Celui-ci passerait par la reconnaissance des effets de la convergence médiatique et par la possibilité d’une pédagogie de la translittératie. En d’autres termes, la convergence des médias sur un même support (Internet, l’omnimédia, par exemple) entraîne une confusion des genres : le non-initié peine à distinguer les différents types d’information, leur circuit de production et leur mode de lecture. Ainsi, il pourrait être utile d’apprendre à lire et à écrire sur chacun des médias existants, notamment ceux qui sont numériques. Lire la suite

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Ecrans et école : préparer des bataillons de consommateurs infantiles

Des effets de l’exposition aux écrans sur les enfants et les relations sociales.

Cet article m’a été inspiré par une conférence que Bernard Stiegler a donné sur invitation de SOS Amitié à l’automne dernier, « Amitié et réseau sociaux », où il parlait tout particulièrement du développement des enfants. Je travaille dans le milieu de l’éducation et je partage une grand part de ses réflexions. De plus, je suis assez navrée de voir que les directives ministérielles suivent les impératifs économiques et font la part belle à l’éducation-divertissement qu’on associe aux nouvelles technologies ; qu’au lieu de préserver les élèves des attaques du marché, l’institution les livre au marketing, via le cheval de Troie des ordinateurs, tablettes et autres gadgets, alors que leur plus-value pédagogique est très discutable. Lire la suite

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La convivialité – Ivan Illitch

(Une synthèse de l’article en dessous.)

En 1973, Ivan Illitch publie « La Convivialité ». L’ouvrage fait suite à « Une Société sans école » (1971) dans lequel il montre que l’école est une institution fourvoyée qui confond fréquentation sociale et apprentissage, massification et démocratisation, consommation d’information et appropriation du savoir. On trouve dans les ouvrages d’Illitch toujours le même projet : libérer la singularité de chaque individu et lutter contre l’aliénation des systèmes outillés, qui confondent besoins fondamentaux et services institutionnalisés pour des raisons marchandes.

Pour Illitch, il existe deux sortes d’outils :

1. ceux qui permettent à tout homme de satisfaire plus ou moins ses besoins

2. ceux qui créent des besoins qu’eux seuls peuvent satisfaire

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La convivialité ou l’aprentissage de la mesure

La Convivialité d’Ivan Illitch. La langue est flottante, dans un genre encombré. Peut-être mal traduite mais je ne saurai pas , parce que je ne lis pas l’espagnol (Ivan Illitch est mexicain, oui oui). Sa « convivialité » et sa version adjectivale « convivial » ont les épaules larges avec leur consonance positive qui cache d’abord de grands flous artistiques dans le raisonnement. On dirait au début qu’ils ne sont destinés qu’à exprimer une intuition plus qu’une rigueur de la pensée.

L’idée phare d’Ivan Illitch c’est l’entropie, disons le en un mot plutôt qu’en cent. L’entropie des outils dans leur sens large : des outils manuels aux outils institutionnels. Il n’y a pas de jugement moral quant à ces outils : simplement l’idée de la mesure. Les outils doivent rester des moyens, c’est-à-dire être des adjuvants qui mènent à une finalité, et ne deviennent pas des fins qu’on développe pour développer, pour lutter contre la crise, pour masquer la crise par la vitesse et le mouvement, pour ne pas être le mauvais élève du Progrès.

L’outil devient une fin quand son usage passe après la nécessité de le vendre. Quand il faut qu’il devienne toujours plus « évolué », même si la nécessité n’y est plus et que cela ne satisfait qu’une part anecdotique de la population et devient une contrainte pour tous les autres.

Le propos devient moins nébuleux quand Illitch rentre dans les exemples concrets (datant certes des années 70, mais qui a l’impression qu’après les désillusions du capitalisme triomphant des 80’s, l’époque a vraiment changé ?). Lire la suite

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« Si on ne laisse pas au voyage le droit de nous détruire un peu, autant rester chez soi »

Je viens de terminer mon 2ème ouvrage de Nicolas Bouvier, L’usage du monde. De longs mois de voyage pour rejoindre Kaboul à partir de Belgrade. Un long périple durant lequel le voyage et l’altérité ont le temps de le détruire, de laisser leur marque.

C’est quelque chose que j’ai apprécié chez Bouvier : ce qu’il laisse voir du voyage est très loin de nos dépliants touristiques, de l’édulcoration quotidienne de ce qu’on nous donne à voir, de la pub. Avec la mondialisation on lisse le dépaysement : il faudrait que le touriste (le consommateur de voyage) ne subisse jamais les inconforts des changements de lieux, et qu’il n’ait que les plaisirs de l’exotisme, du soleil, des choses nouvelles.

Là, les couleurs sont surprenantes. Il y a certes l’enthousiasme du voyage, ce sentiment de liberté quand Bouvier roule à travers des paysages nouveaux et que, soûlé de fatigue, il dort à la belle étoile, mais il y aussi la crasse, ces moments où l’étranger vous saisit droit au coeur et draine sa mélancolie (quand il ne vous prend pas au corps dans d’affreuses diarrhées, fièvres et toux). Quand, comme un enfant, on aimerait dire qu’on veut rentrer maintenant, que c’était amusant mais que maintenant il faut le lit, le foyer, de l’amour. Avec Bouvier on lit ce voyage qui défait, le découragement quand rien ne va et que fichtre, le soleil, la poussière et les tuiles deviennent trop pour qui est fatigué au bord des routes. Lire la suite

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Vers un travail (dé)bridé : l’entreprise réinventée

En février, nous autres journalistes de Radio Campus Orléans avons été conviés à l’entrepôt Amazon de Saran. Au programme, visite guidée de l’entrepôt en compagnie des huiles et du Ministre de l’Emploi et de la Santé, Xavier Bertrand, puis conférence de presse durant laquelle le ministre suça des bites annonça un partenariat entre Amazon et Pôle Emploi – Pôle Emploi devant aider le géant du e-commerce dans la lourde tâche de recruter des manutentionnaires préparateurs de commande. Le matin, nous avions suivi une manifestation CGT organisée pour protester contre le conseil disciplinaire lancé contre un salarié venant de créer une section syndicale dans l’entreprise.

Cette journée bien chargée était l’occasion de s’interroger sur le monde de l’emploi aujourd’hui. Comment les entreprises terminent de redéfinir le nouveau paradigme du travail déjà amorcé par l’entrée des femmes sur le marché du travail et les délocalisations conséquentes à la mondialisation ? Comment est-ce qu’elles sont aidées en cela par les services publics et pourquoi ? Comment la médiatisation est censée rendre ce changement désirable ?

I. « Bienvenue en AMAZON-ie » : une image contrôlée

Une visite ministérielle n’est jamais anodine et bien sûr elle se prépare. Le but de celle-ci, en plus de montrer à quel point Amazon est une entreprise formidable et dynamique, était de montrer publiquement pourquoi elle mérite d’être aidée par un service public.

Lorsque nous arrivons à l’intérieur de l’entrepôt, une armée de petits gilets oranges nous attendent, tout sourire. Ce sont les employés d’Amazon chargés de nous accompagner durant notre visite. On l’apprend très vite ensuite : il s’agit de cadres (marketing, communication, finances…) qui, pour la plupart, ne travaillent pas sur le site mais à Paris. Ils présentent bien, s’expriment bien et ne connaissent de la réalité technique de l’entreprise que ce qu’on leur en a dit ou ce qu’ils doivent en dire. A eux la récréation à 1h de Paris, aux manutentionnaires le travail et la visite du zoo, côté cage. Car à la suite des deux Xavier (Bertrand, le ministre, et Garambois, le PDG d’Amazon France), nous sommes une foule de journalistes.

Il y a ceux qui viennent pour la ballade et couvriront uniquement la conférence de presse  -exercice palpitant s’il en est- et ceux qui sont là pour transmettre le témoignage de la visite : montrer Xavier Bertrand découvrir le fonctionnement de l’entrepôt – du picking au packing-, s’amuser et faire quelques blagues.

Pas d’autres voies possibles que celle de suivre, sans s’écarter du chemin tracé ni s’attarder, sous peine d’être rappelé à l’ordre par un de nos accompagnants. Si on a des questions, mêmes quelconques au sujet de leur vie dans l’entreprise, nos accompagnants répondent unanimement qu’il faut s’adresser à Sandra de la com. Lire la suite

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Eros et civilisation – Herbert Marcuse

Herbert Marcuse est un philosophe, membre de l’Ecole de Francfort. Son ouvrage majeur, L’Homme unidimensionnel est une critique de ce qu’il appelle la « société industrielle avancée ». Celle-ci en créant des besoins illusoires s’assure l’intégration des individus dans le système de production/consommation, aidée pour cela par les médias et la publicité. Alors que l’ouvrage est publié en 1964, Marcuse préfigure l’intégration des ouvriers dans ce système capitaliste, comme cela est montré par Michel Clouscard.

Eros et civilisation est un ouvrage de psychologie/philosophie autrement plus ardu. Marcuse y « dénonce l’inhumanité du principe de réalité répressif, qui n’est autre que le principe de réalité de la société en place. Il préconise, au contraire, l’éclosion des désirs, la transformation de la sexualité en Eros, l’abolition du travail aliéné et l’avènement d’une science et d’une technique nouvelles, qui seront au service de l’être humain. » [‘source Wikipédia, validée par bibi]

J’ai choisi cet ouvrage pour son écho actuel. Il me semble qu’on arrive à un tournant où il faut se reposer la question de la direction à prendre : une société où la satisfaction de la libido est encouragée et exacerbée ne peut être sans dommage écologique. En tant qu’individu il est très tentant de vouloir exaucer ses désirs et de constater qu’on en a la possibilité ; mais encore faut-il pouvoir reconnaître que ce n’est pas compatible avec l’intérêt général et alors renoncer. [Notes de lecture] Lire la suite

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